- ‘ Et qui s’occupera de veiller sur la reine ?’ bougonne l’ania
- ‘ La reine ne sortira pas du palais pendant ce temps ainsi que le roi, qu’ai-je donc à craindre ?’
- ‘ Ylia tu n’es pas raisonnable’
Ma mère lève un sourcil
- ‘ Tu sais que je ne dois pas te quitter, je dors quand tu dors, mange quand tu manges et ainsi de suite’
La reine pince les lèvres
- -‘ Il est hors de question que j’enseigne à cette petite car elle ne sait pas écouter’
Elle oublie tous les contes dont elle m’a empli la tête depuis ma naissance. Prenant une profonde inspiration je l’interromps :
- ‘ c’était à une lointaine époque, si lointaine que seul le désert s’en souvient, car il était jeune alors, son torse avait la couleur du vert de ses arbres, ses longs bras minces étaient bleus car le ciel se mirait dans ses eaux, et, sur son corps toutes les vies s‘épanouissaient en abondance’
Un rire profond monte de la gorge de ma mère et m’empêche de poursuivre
- ‘elle n’écoute pas ? Enfin, Atir, tu connais les maitres aussi bien que moi, comment peuvent-ils lui apprendre le temps et ses formes de vie, que savent-ils de ses mouvements, de son esprit, de sa totale perception ? Ils n’ont qu’une partie de la connaissance et font de leur mieux. Tu dois lui transmettre ces choses, les lui faire ressentir, lui en apprendre la maîtrise, c’est essentiel pour elle et pour l’avenir’
- ‘ Bien, Dame Ylia’.
Atir a plié devant la reine et sort, son visage reflétant ses pensées : comment va t- elle pouvoir concilier son devoir et les ordres de ma mère.
lundi 26 février 2007
mardi 13 février 2007
Chapitre 2
- ‘ Princesse ?, demoiselle Aliana ! qu’ai-je dit à l’instant sur les périodes ?’
La voix du pandhir, celui qui enseigne le temps, me fait sursauter en mettant fin à ma rêverie.
- ‘ je ne sais pas, maitre, je n’écoutais pas’
- ‘ tu ne m’as pas dit que tu étais souffrante au réveil ?’ Intervient alors Steon, mon presque frère. Il tente de m’éviter une punition
- ‘ ce n’était pas ce matin, tu confonds. Je me porte très bien et attends la sanction, maitre’.
Je m’efforce de prendre un air désolé, sans succès. Les périodes m’ennuient, c’est toujours la même chose.
Avec un soupir réprobateur, le pandhir fait venir l’ania de ma mère et lui murmure quelques mots à l’oreille. L’air sévère, elle me fait signe de la suivre et nous sortons.
- ‘ Tu as maintenant 15 cycles’ elle parle toujours en cycle solaires, celui des jumeaux, ‘ Il est temps de te comporter en alam, comme ceux de ton âge, et mieux même, parce que tu es fille des glaciers, la première du royaume. Tu dois te préparer à ta future vie. Je suis heureuse d’appartenir à ta mère et non à toi, je plains l’ania qui devra veiller sur toi sa vie durant.’
Je sais qu’elle n’en croit pas un mot, il est vrai que son rôle est de veiller exclusivement sur ma mère, ainsi que le veut la tradition, mais, Atir et la tradition ne sont pas nées le même jour, comme elle le répète souvent, ce qui justifie à ses yeux les libertés qu’elle prend et lui permet de faire plutôt ce qui lui chante.
Pour autant, nous allons d’un pas ferme vers la petite chambre, réservée à la reine. Depuis ma plus tendre enfance, je ressens une appréhension singulière quand je pénètre dans cette pièce. Peut-être parce que c’est l’endroit où ma mère n’est plus maman, mais reine des glaciers bleus, princesse des déserts mauves. Du reste je n’y suis guère allée excepté lorsque je faisais des bêtises, ce qui est le cas aujourd’hui.
- ‘ Dame Ylia, la princesse a manqué d’honneur envers Brao le pandhir, en rêvant au lieu d’écouter’
- ‘ Quelle était la leçon ?’ interroge ma mère d’une voix douce.
- ‘ Les périodes, ma reine.’
Un silence, un bref regard qu’elles échangent, un imperceptible sourire et le verdict tombe :
- ‘ Bien, Aliana, je vais laisser Atir t’apprendre les périodes. Tu regretteras sûrement le maitre, mais dans deux lunes tu sauras jusqu’au plus profond de toi ce que sont les périodes.’
- ‘ Princesse ?, demoiselle Aliana ! qu’ai-je dit à l’instant sur les périodes ?’
La voix du pandhir, celui qui enseigne le temps, me fait sursauter en mettant fin à ma rêverie.
- ‘ je ne sais pas, maitre, je n’écoutais pas’
- ‘ tu ne m’as pas dit que tu étais souffrante au réveil ?’ Intervient alors Steon, mon presque frère. Il tente de m’éviter une punition
- ‘ ce n’était pas ce matin, tu confonds. Je me porte très bien et attends la sanction, maitre’.
Je m’efforce de prendre un air désolé, sans succès. Les périodes m’ennuient, c’est toujours la même chose.
Avec un soupir réprobateur, le pandhir fait venir l’ania de ma mère et lui murmure quelques mots à l’oreille. L’air sévère, elle me fait signe de la suivre et nous sortons.
- ‘ Tu as maintenant 15 cycles’ elle parle toujours en cycle solaires, celui des jumeaux, ‘ Il est temps de te comporter en alam, comme ceux de ton âge, et mieux même, parce que tu es fille des glaciers, la première du royaume. Tu dois te préparer à ta future vie. Je suis heureuse d’appartenir à ta mère et non à toi, je plains l’ania qui devra veiller sur toi sa vie durant.’
Je sais qu’elle n’en croit pas un mot, il est vrai que son rôle est de veiller exclusivement sur ma mère, ainsi que le veut la tradition, mais, Atir et la tradition ne sont pas nées le même jour, comme elle le répète souvent, ce qui justifie à ses yeux les libertés qu’elle prend et lui permet de faire plutôt ce qui lui chante.
Pour autant, nous allons d’un pas ferme vers la petite chambre, réservée à la reine. Depuis ma plus tendre enfance, je ressens une appréhension singulière quand je pénètre dans cette pièce. Peut-être parce que c’est l’endroit où ma mère n’est plus maman, mais reine des glaciers bleus, princesse des déserts mauves. Du reste je n’y suis guère allée excepté lorsque je faisais des bêtises, ce qui est le cas aujourd’hui.
- ‘ Dame Ylia, la princesse a manqué d’honneur envers Brao le pandhir, en rêvant au lieu d’écouter’
- ‘ Quelle était la leçon ?’ interroge ma mère d’une voix douce.
- ‘ Les périodes, ma reine.’
Un silence, un bref regard qu’elles échangent, un imperceptible sourire et le verdict tombe :
- ‘ Bien, Aliana, je vais laisser Atir t’apprendre les périodes. Tu regretteras sûrement le maitre, mais dans deux lunes tu sauras jusqu’au plus profond de toi ce que sont les périodes.’
dimanche 11 février 2007
LES GLACIERS BLEUS
Chapitre 1
Le murmure de l’eau prise dans la glace. Il me semble que c’est le plus ancien de mes souvenirs, le premier son, le premier chant.
Je suis Aliana, des glaciers bleus, fille de Theor le Juste et d’Ylia la Tendre. Mon père est grand et fort, le cheveu blanc et épais comme l’Arche du palais où nous habitons. Quand la grande lumière touche sa tête, j’ai très mal aux yeux.
Les maîtres m’apprennent que c’est la marque des souverains : leurs sujets ne peuvent les contempler dans leur plénitude.
Souverain ? Sujet ? Mais c’est mon père, et je suis sa fille. Je veux le regarder en toute circonstance, en tout lieu. Que d’autres ne le puissent, c’est peut-être naturel : il n’est pas leur papa. Alors, à chaque Célébration, je me cache derrière les statues glacées, j’écarquille les yeux et le fixe le plus longtemps possible. Vrai qu’il est beau, c’est normal, tous le papa sont beaux. Moins que le mien : il n’y a que lui qui fait briller la cour de l’Arche.
Je suis alitée deux lunes durant après, mais peu m’importe. Papa me tient compagnie dès qu’il le peut, je suis contente et j’ai moins mal. Je recommencerai toujours.
Maman ne me quitte pas, elle chante, j’aime sa voix, j’en connais toutes les inflexions, tous les secrets.
Elle est toujours inquiète quand je fais ça, et je pleure parce que je fais de la peine à maman. Alors j’ai mal et pleure encore plus. Elle me prend dans ses bras et entonne un chant très lent, très doux, il me semble entendre l’eau couler dans les murs de sa prison de glace, elle accompagne maman et je m’endors.
J’ai maintenant cent cycles des jumelles Nbao et Ndao, elles nous éclairent dehors et ne font pas mal aux yeux. Mais je n’ai que dix cycles d’Asha et Isha, les jumeaux. Je ne les aime pas car ils détruisent des maisons en laissant l’eau s’échapper avec la grande lumière qu’ils envoient. On ne construit pourtant jamais trop près du monde des poissons, mais il n’empêche que cela arrive.
Quand Asha et Isha sont là, papa et maman sont toujours occupés, comme tout le monde, sauf nous, les enfants.
Maman ne chante pas, son regard souffre, je sens que les gens ne l’aiment pas beaucoup à ce moment . Papa lui sourit et reste toujours à coté d’elle.
Ma mère n’est pas comme les autres, ça je le sais : elle ne parle pas notre langage, elle parle les animaux. Je n’en ai jamais vu, pourtant je les connais tous, je distingue le son spécifique de chacun, je sais le reproduire et aussi reconnaître leur image. Mais je ne sais pas les représenter aussi bien que maman. Je m’applique très fort, je n’y arrive pas et je ne suis pas contente. Papa, lui, ne parle pas les animaux du tout et ça ne le met pas en colère. Il aime quand maman raconte la vie des déserts mauves, mais il n’est pas là tout le temps. Il parait que c’est parce qu’il est roi. Je n’aime pas qu’il soit roi.
Les maitres de leçon m’enseignent. J’ai du mal avec les chiffres, c’est compliqué, personne ne sait m’expliquer pourquoi un plus un font deux, il n’y a aucune raison, aucune histoire pour m’apprendre qui a trouvé les chiffres et comment. C’est comme cela, c’est tout. Je n’aime pas quand c’est seulement comme cela. Et puis ça ne fait pas rêver, le calcul, il me rappelle toujours que je ne suis pas assez grande puisque c’est lui qui donne mon âge, mais il permet d’appeler la musique alors je lui pardonne.
J’aime la musique, elle est la vie, triste, comme quand les gens meurent dans l’eau, ou gaie, à l’arrivée des pêcheurs ramenant leurs grands filets remplis à craquer, légère, comme la petite neige avant la grande lumière, ou profonde comme le monde des poissons. Alors il faut des mots pour préciser exactement pourquoi on ressent la musique. C’est pratique les mots, ça explique bien.
Comme la vie de nos ancêtres, je sais qui je suis parce qu’on me la raconte. Grâce aux mots et à la musique je me promène dans l’histoire des mondes…
J’attends de grandir…
Le murmure de l’eau prise dans la glace. Il me semble que c’est le plus ancien de mes souvenirs, le premier son, le premier chant.
Je suis Aliana, des glaciers bleus, fille de Theor le Juste et d’Ylia la Tendre. Mon père est grand et fort, le cheveu blanc et épais comme l’Arche du palais où nous habitons. Quand la grande lumière touche sa tête, j’ai très mal aux yeux.
Les maîtres m’apprennent que c’est la marque des souverains : leurs sujets ne peuvent les contempler dans leur plénitude.
Souverain ? Sujet ? Mais c’est mon père, et je suis sa fille. Je veux le regarder en toute circonstance, en tout lieu. Que d’autres ne le puissent, c’est peut-être naturel : il n’est pas leur papa. Alors, à chaque Célébration, je me cache derrière les statues glacées, j’écarquille les yeux et le fixe le plus longtemps possible. Vrai qu’il est beau, c’est normal, tous le papa sont beaux. Moins que le mien : il n’y a que lui qui fait briller la cour de l’Arche.
Je suis alitée deux lunes durant après, mais peu m’importe. Papa me tient compagnie dès qu’il le peut, je suis contente et j’ai moins mal. Je recommencerai toujours.
Maman ne me quitte pas, elle chante, j’aime sa voix, j’en connais toutes les inflexions, tous les secrets.
Elle est toujours inquiète quand je fais ça, et je pleure parce que je fais de la peine à maman. Alors j’ai mal et pleure encore plus. Elle me prend dans ses bras et entonne un chant très lent, très doux, il me semble entendre l’eau couler dans les murs de sa prison de glace, elle accompagne maman et je m’endors.
J’ai maintenant cent cycles des jumelles Nbao et Ndao, elles nous éclairent dehors et ne font pas mal aux yeux. Mais je n’ai que dix cycles d’Asha et Isha, les jumeaux. Je ne les aime pas car ils détruisent des maisons en laissant l’eau s’échapper avec la grande lumière qu’ils envoient. On ne construit pourtant jamais trop près du monde des poissons, mais il n’empêche que cela arrive.
Quand Asha et Isha sont là, papa et maman sont toujours occupés, comme tout le monde, sauf nous, les enfants.
Maman ne chante pas, son regard souffre, je sens que les gens ne l’aiment pas beaucoup à ce moment . Papa lui sourit et reste toujours à coté d’elle.
Ma mère n’est pas comme les autres, ça je le sais : elle ne parle pas notre langage, elle parle les animaux. Je n’en ai jamais vu, pourtant je les connais tous, je distingue le son spécifique de chacun, je sais le reproduire et aussi reconnaître leur image. Mais je ne sais pas les représenter aussi bien que maman. Je m’applique très fort, je n’y arrive pas et je ne suis pas contente. Papa, lui, ne parle pas les animaux du tout et ça ne le met pas en colère. Il aime quand maman raconte la vie des déserts mauves, mais il n’est pas là tout le temps. Il parait que c’est parce qu’il est roi. Je n’aime pas qu’il soit roi.
Les maitres de leçon m’enseignent. J’ai du mal avec les chiffres, c’est compliqué, personne ne sait m’expliquer pourquoi un plus un font deux, il n’y a aucune raison, aucune histoire pour m’apprendre qui a trouvé les chiffres et comment. C’est comme cela, c’est tout. Je n’aime pas quand c’est seulement comme cela. Et puis ça ne fait pas rêver, le calcul, il me rappelle toujours que je ne suis pas assez grande puisque c’est lui qui donne mon âge, mais il permet d’appeler la musique alors je lui pardonne.
J’aime la musique, elle est la vie, triste, comme quand les gens meurent dans l’eau, ou gaie, à l’arrivée des pêcheurs ramenant leurs grands filets remplis à craquer, légère, comme la petite neige avant la grande lumière, ou profonde comme le monde des poissons. Alors il faut des mots pour préciser exactement pourquoi on ressent la musique. C’est pratique les mots, ça explique bien.
Comme la vie de nos ancêtres, je sais qui je suis parce qu’on me la raconte. Grâce aux mots et à la musique je me promène dans l’histoire des mondes…
J’attends de grandir…
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