dimanche 11 février 2007

LES GLACIERS BLEUS

Chapitre 1

Le murmure de l’eau prise dans la glace. Il me semble que c’est le plus ancien de mes souvenirs, le premier son, le premier chant.
Je suis Aliana, des glaciers bleus, fille de Theor le Juste et d’Ylia la Tendre. Mon père est grand et fort, le cheveu blanc et épais comme l’Arche du palais où nous habitons. Quand la grande lumière touche sa tête, j’ai très mal aux yeux.
Les maîtres m’apprennent que c’est la marque des souverains : leurs sujets ne peuvent les contempler dans leur plénitude.
Souverain ? Sujet ? Mais c’est mon père, et je suis sa fille. Je veux le regarder en toute circonstance, en tout lieu. Que d’autres ne le puissent, c’est peut-être naturel : il n’est pas leur papa. Alors, à chaque Célébration, je me cache derrière les statues glacées, j’écarquille les yeux et le fixe le plus longtemps possible. Vrai qu’il est beau, c’est normal, tous le papa sont beaux. Moins que le mien : il n’y a que lui qui fait briller la cour de l’Arche.
Je suis alitée deux lunes durant après, mais peu m’importe. Papa me tient compagnie dès qu’il le peut, je suis contente et j’ai moins mal. Je recommencerai toujours.
Maman ne me quitte pas, elle chante, j’aime sa voix, j’en connais toutes les inflexions, tous les secrets.
Elle est toujours inquiète quand je fais ça, et je pleure parce que je fais de la peine à maman. Alors j’ai mal et pleure encore plus. Elle me prend dans ses bras et entonne un chant très lent, très doux, il me semble entendre l’eau couler dans les murs de sa prison de glace, elle accompagne maman et je m’endors.
J’ai maintenant cent cycles des jumelles Nbao et Ndao, elles nous éclairent dehors et ne font pas mal aux yeux. Mais je n’ai que dix cycles d’Asha et Isha, les jumeaux. Je ne les aime pas car ils détruisent des maisons en laissant l’eau s’échapper avec la grande lumière qu’ils envoient. On ne construit pourtant jamais trop près du monde des poissons, mais il n’empêche que cela arrive.
Quand Asha et Isha sont là, papa et maman sont toujours occupés, comme tout le monde, sauf nous, les enfants.
Maman ne chante pas, son regard souffre, je sens que les gens ne l’aiment pas beaucoup à ce moment . Papa lui sourit et reste toujours à coté d’elle.
Ma mère n’est pas comme les autres, ça je le sais : elle ne parle pas notre langage, elle parle les animaux. Je n’en ai jamais vu, pourtant je les connais tous, je distingue le son spécifique de chacun, je sais le reproduire et aussi reconnaître leur image. Mais je ne sais pas les représenter aussi bien que maman. Je m’applique très fort, je n’y arrive pas et je ne suis pas contente. Papa, lui, ne parle pas les animaux du tout et ça ne le met pas en colère. Il aime quand maman raconte la vie des déserts mauves, mais il n’est pas là tout le temps. Il parait que c’est parce qu’il est roi. Je n’aime pas qu’il soit roi.
Les maitres de leçon m’enseignent. J’ai du mal avec les chiffres, c’est compliqué, personne ne sait m’expliquer pourquoi un plus un font deux, il n’y a aucune raison, aucune histoire pour m’apprendre qui a trouvé les chiffres et comment. C’est comme cela, c’est tout. Je n’aime pas quand c’est seulement comme cela. Et puis ça ne fait pas rêver, le calcul, il me rappelle toujours que je ne suis pas assez grande puisque c’est lui qui donne mon âge, mais il permet d’appeler la musique alors je lui pardonne.
J’aime la musique, elle est la vie, triste, comme quand les gens meurent dans l’eau, ou gaie, à l’arrivée des pêcheurs ramenant leurs grands filets remplis à craquer, légère, comme la petite neige avant la grande lumière, ou profonde comme le monde des poissons. Alors il faut des mots pour préciser exactement pourquoi on ressent la musique. C’est pratique les mots, ça explique bien.
Comme la vie de nos ancêtres, je sais qui je suis parce qu’on me la raconte. Grâce aux mots et à la musique je me promène dans l’histoire des mondes…

J’attends de grandir…

3 commentaires:

Anonyme a dit…

J'aime bien ! A quand la suite ?

Anonyme a dit…

Bonjour,

Vos textes sont intéressants, vraiment. Je vous invite à découvrir le site TheBookEdition.com.
Il vous permettra de publier un vrai livre. Voir son œuvre dans un livre est un véritable aboutissement, vos textes méritent d’être couchés sur du papier d’édition, dans un livre, on a envie de les palper.

En plus la publication et la vente dans leur catalogue en ligne sont gratuites.

A bientôt,

Martin

Anonyme a dit…

Great work.