vendredi 21 mars 2008

‘ Bon, reprend-elle, nous partirons après le souper, quand le palais sera endormi, je ne tiens pas à ce que l’on sache que la reine n’a plus son ania auprès d’elle. J’obéis à ta mère, pour autant, je ne peux m’absenter pendant deux lunes, c’est trop dangereux. Tu as intérêt à apprendre vite.’
Je réplique :
‘ Mais papa est là, maman est en sécurité ici et avec lui’
Atir s’arrête et me regarde, semblant chercher ses mots :
‘ Ton père est un brave parmi les braves, je l’ai vu se battre et connais sa vaillance, mais il existe des dangers que le roi ne peut affronter. Seules la reine et l’ania en ont le pouvoir’

Elle s’interrompt soudain car nous débouchons dans la grande salle, encore bondée à cette heure. C’est un curieux spectacle qui s’offre à nos yeux, chatoyant et anormalement bruyant. Il me semble reconnaître deux conseillers de mon père, discutant fort, prenant les autres membres de l’assemblée à témoins, allant même jusqu’à les injurier s’ils n’abondent pas dans l’un ou l’autre sens, avant de reprendre leur discussion et leurs invectives.

Je suis étonnée par ce comportement incompréhensible. Jamais je n’ai entendu de bruit dans l’enceinte du palais, ni même dans la cité d’ailleurs.
La règle de vie pour le peuple des glaciers bleus est l’échange poli, respectueux, quoique parfois fougueux ou enthousiaste, jamais l’on ne remet en cause le contradicteur, l’on se sépare toujours après un rituel d’apaisement, les mains entrelacées, tête contre tête, inspirant lentement à plusieurs reprises. Ensuite, le sourire revient et, après une accolade, chacun rentre chez lui serein.
Même si j’ignore tout du gouvernement du royaume, je ne peux imaginer les ministres se comporter comme ils viennent de le faire. Ni papa ni maman ne le toléreraient.

Je me laisse entraîner par Atir, nous frayant un chemin jusque dans l’anti-chambre de mes parents. Les pensées se bousculent dans ma tête et la mine soucieuse de mon guide ne fait qu’accroître la confusion qui règne dans mon esprit.
En quoi ma mère serait-elle en danger ? Pourquoi ? Qui ? Comment ? Pourquoi elle seulement ? Quels sont ces dangers enfin que mon père ne peut combattre, mais seulement maman et Atir ? Qu’ont-ils donc de si particulier ? Qu’ont donc ma mère et Atir de si particulier ?

Je sens la peur s’insinuer en moi, je frissonne et ne sais plus quoi penser, quoi faire.
Nous nous asseyons sur mon banc préféré.
Atir prend ma main dans la sienne, comme si elle voulait me communiquer sa propre chaleur.
‘Tu n’as pas à t’inquiéter de ce que tu viens de voir, il est rare que cela arrive, mais cela n’a rien d’anormal, n’oublie pas que la prochaine Célébration est pour bientôt, tout le monde est à cran dans ces moments, tu le sais bien.’

‘Mais Atir quels sont les dangers dont tu me parlais et que papa ne peut vaincre ? Je ne comprends pas, dis-moi ce qui va se passer, je t’en prie.’

‘ Je t’en ai beaucoup dit alors que je n’en ai pas le droit. Je voulais que tu comprennes en quoi ton manque d’attention pendant tes leçons pouvait être autant irresponsable que dangereux : je suis l’ania de ta mère, mon rôle est de veiller sur elle, en la quittant, même deux lunes, je l’affaiblis et si elle est vulnérable le royaume l’est aussi.
Pour le reste, tes parents t’expliqueront, le moment venu, ce que tu dois savoir. Il est inutile de leur poser toutes les questions que je lis dans tes yeux, ils ont d’autres priorités à gérer pour l’instant.
Je peux t’assurer que durant notre absence, rien n’arrivera, ta mère est en parfaite sécurité.’

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